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ROCK&FOLK N°709 — DAVID BOWIE

todayAugust 20, 2026 7 4

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Etrange et en avance sur son temps

Une nouvelle compilation consacrée aux
enregistrements réalisés à ses débuts par
l’artiste avec le producteur Shel Talmy
propose un regard sur sa période formative.
Comportant plusieurs morceaux inédits,
elle documente la première mue de
l’artiste, de David Jones à David Bowie.

EDITO :

Absolu débutant
On l’a associé au caméléon toute sa carrière.
L’image est pratique : Bowie change, donc Bowie est un caméléon… une fainéantise intellectuelle partagée par
les fans autant que par les journalistes. Parce que l’animal,
la légende le dit bien, quand il se pose sur une branche,
il en prend la teinte, il disparaît dans ce qui l’entoure.
C’est un art de la dissimulation, pas de la création.

Bowie, évidemment, c’est tout l’inverse. Prenons le glam.
Même si c’est Marc Bolan qui l’a vraiment lancé — un ancien
mod comme lui, converti aux paillettes —, Bowie l’a poussé
ailleurs, plus loin, plus fort. Plus orange, plus rouge, plus
brillant, plus platform shoes, plus Yamamoto. Mais il suicide
Ziggy en pleine gloire pour aller inventer autre chose, la soul blanche de “Young Americans” et Berlin, avec Eno, dans le
froid et le krautrock. Puis il revient. C’est peut-être là que le
mythe du reptile — Chamaeleonidae — prend le plus cher.
“Ashes To Ashes”, en 1980, n’est pas un retour discret :
c’est Bowie qui enterre lui-même le Major Tom en Pierrot
triste sur une plage anglaise. Trois ans plus tard, il refait le
coup avec “Let’s Dance” et son costume trois-pièces crème,
sa pop bronzée et immédiate, qui n’a plus rien à voir avec
Ziggy ni avec Berlin — et qui devient le son de 1983 pour à
peu près tout le monde sauf lui, qui repart déjà ailleurs.
On en passe… Et puis il y aura bien sûr cette ultime mue,
la plus vertigineuse : en 2016, deux jours avant de mourir, sort “Blackstar” et son “Lazarus”, clip où on le voit danser les yeux bandés, chanter qu’il est au ciel. Devançant et mettant en scène
sa propre mort — la dernière couleur qu’il ait inventée. Noir.

Un caméléon ne recommence pas cinq fois de zéro.
Bowie, si, mille fois — jusqu’à la fin. Et il ne s’est jamais fondu
dans le décor : il forçait le décor à se fondre en lui. C’est
lui qui choisissait la couleur des murs. Sur cette photo en
couverture, rien de tout cela n’est encore visible. 1965.
David Jones a dix-huit ans. Pas encore Ziggy, pas encore Bowie.
Juste un môme élégant et bien peigné de Brixton mais avec ce regard qui ne ressemble à aucun autre — une pupille restée dilatée depuis un coup de poing reçu pour une histoire de fille. Un accident de cour de récré transformé en signature.
Juste cet œil dépareillé qui regarde ailleurs, plus loin…
comme s’il savait un truc que personne d’autre ne savait.

Vincent Tannières

SOMMAIRE :

In Memoriam
Jennifer Finch par Isabelle Chelley

Mes Disques A Moi
Ramon Pipin par Stan Cuesta

Tête d’affiche
Dinosaur Jr par Jérôme Soligny
Selah Sue par Olivier Cachin

En vedette
Getdown Services par Thomas E. Florin
Dynamite Shakers par Thomas E. Florin
Je Chante Le Rock En Français par Eric Delsart et Matthieu Vatin
Ty Segall par Eric Delsart
Allah-Las par Romain Burrel
De L’Art De L’Album instrumental par Eric Delsart

En couverture
David Bowie par Jérôme Soligny

 

RUBRIQUES : Courrier / Télégrammes / Disque Du Mois / Disques / Rééditions / Rehab’ / Vinyles / Discographisme / Highway 666 Revisited / Qualité France / Erudit Rock / Et justice Pour Tous / Film Du Mois / Cinéma / Série Du Mois / Images / Bande Dessinée / Livres / Live / Peu De Gens Le Savent

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