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Le son du VorteX Le son du VorteX

L’acmé juvénile
Ils allaient conquérir le monde…
Habillés comme ça ?
Sur ces photos de 2006 : des vestes de sport de tous les jours, des mèches grasses, des mines pâles. Les joues rougies…
Des gamins anglais mal fagotés, pas tout à fait tirés
de l’acné mais décidés à faire trembler la planète.
Comme d’autres au Royaume l’avaient fait avant eux.
Au même âge.
Pas des silhouettes a priori calibrées pour les stades, si ce n’est celui des matchs du samedi à Sheffield.
Juste quatre gosses du nord de l’Angleterre avec des guitares et quelque chose comme la volonté de s’extirper de la crasse.
Des adolescents… Quand le corps hésite, que la voix déraille, que le monde semble trop étroit et infiniment hostile.
C’est l’âge des chambres fermées, des posters au mur,
des premières colères politiques, des premières nuits trop longues. Des poésies. Des chagrins d’amour les plus douloureux de la vie tout entière. C’est aussi l’âge où l’on croit — sincèrement — que tout est possible. Les Arctic Monkeys sont arrivés avec cette énergie-là. MySpace en bandoulière, des morceaux qui circulaient plus vite que
les maisons de disques, des chroniques sociales scandées avec l’accent du Nord. Ils parlaient des files d’attente devant les clubs, des videurs, des taxis, des lendemains de cuite. Rien d’héroïque. Rien de mythologique. Juste cette jeunesse anglaise des années 2000, captée à hauteur de regard.
Et c’est précisément ce qui a marché.
Le rock a toujours été affaire de postures : cuir noir,
regards ténébreux, poses étudiées. Les Monkeys n’avaient pas encore appris à poser. Ils avaient la nervosité, la vitesse mais toujours des boutons. Ils étaient encore dans cet
entre-deux fragile : plus des enfants, pas encore des hommes.
Et les gamins de leur âge ont reconnu quelque chose.
Une vérité. Un sentiment qu’ils partageaient.
Des porte-parole. Une génération qui ne demandait pas la permission. C’était bien sûr déjà arrivé. Ça allait être la dernière fois.
Les Beatles l’avaient fait avec leurs costumes sages et leurs coupes au bol. Les Clash avec leurs mines fermées. Les Libertines avec leurs vestes militaires, les Strokes avec leurs Converse. Les Arctic Monkeys, eux, l’ont fait en Vans usées et en Docksides défraîchies…
racontant la banalité électrique des nuits britanniques.
Adoptant au passage l’antique tradition rock du patronyme animalier : Crickets. Animals. Byrds. Eagles. Monkees. Turtles. Steppenwolf. Scorpions. Psychedelic Furs. A Flock Of Seagulls. Whitesnake. Stray Cats. Cat Power. Counting Crows. Black Crowes. Beatles. Gorillaz… On ne s’étendra pas là-dessus et, pour revenir à nos moutons, à nos singes, ok, citons Françoise Dolto, spécialiste de l’enfance et mère de Carlos (le chanteur) : “L’adolescent est comme le homard pendant sa mue”. Rock lobster ? On ne sait pas. Comme on ne sait pas si conquérir le monde était le plan mais ce fut finalement la réalité, et l’anecdote est restée fameuse : les Monkeys vendent plus d’albums en une journée que tous les autres artistes du top 20 réunis !
Ça aussi, ça allait être la dernière fois.
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